Hajar Bali signe son premier roman « Ecorces »

Dans son premier roman intitulé « Ecorces », Hajar Bali propose une saga familiale où, sur plusieurs générations, des histoires de femmes courage et d’amours impossibles se mêlent à des destinés d’hommes psychologiquement inhibés, étouffés qu’il sont par des figures de mères dominatrices.

Ce roman de 276 pages, paru récemment aux éditions Barzakh, dresse une galerie de portraits, des personnages aux vies interdépendantes représentant quatre générations issues  d’une même lignée avec, en trame de fond, des épisodes marquant dans l’histoire de l’Algérie à partir de la seconde moitié du XXème siècle.

Nour, brillant étudiant en mathématique de 23 ans vit sous le même toit que sa mère Meriem, sa grand-mère Fatima et son arrière-grand-mère Baya. A cette promiscuité, intenable, s’ajoutent le poids du secret et des non-dits qui rendent encore plus suffocante l’atmosphère dans le minuscule appartement.  

C’est que dans ce « gynécée », Baya, la matriarche de la famille, règne en maître sur tout malgré son impotence et son grand âge. Elle est la gardienne de la mémoire familiale et la garante d’un ordre établi que l’arrière-petit-fils veut définitivement rompre pour « s’ouvrir au monde, à la vie et l’amour ».  

Certes, l’aïeule est « une femme courage qui a bravé les interdits et les mœurs de son temps » pour s’émanciper et protéger son fils unique: jeune maman répudiée, Baya décide d’ « enlever » son fils Haroun et de fuir Constantine pour Sétif où elle se met au service d’une famille de colons. Elle fuira à nouveau cette ville, quand surviennent les massacres du 8 mai 1945. 

Employée dans une usine, Baya, dans un réflexe de protection, ira jusqu’à inscrire son fils à l’école sous le prénom de Vincent.

A vingt ans, Haroun, moudjahid de la première heure à l’insu de sa mère, est arrêté pour son implication dans l’assassinat d’un maire. Ne sachant si son fils est mort ou vivant, Baya  le cherchera pendant sept ans au cours desquels elle lui choisira une épouse, un métier (menuisier) pour lui interdire, à son retour, de parler en public en simulant une invalidité due à d’anciennes tortures.      

Plus de vingt ans après, Kamel, fils de Haroun et petit-fils de Baya, dont l’avenir est tout tracé dans la menuiserie, tentera de se libérer du carcan familial et vivre l’amour qu’il s’est choisi. Mais il devra vite abdiquer devant l’intransigeance de sa mère et de sa grand-mère.

La propension de Baya de vouloir tout régenter sous prétexte de protéger les siens, finit par dévitaliser les hommes de la famille.

Réduits au silence, Haroun comme Kamel se terrent dans l’atelier de menuiserie. « Anti-héros par fatalité », ils sont telles des ombres, n’ayant aucune prise sur leur vie, même intime. 

Kamel finit cependant par se marier et connaître les joie de la paternité avec l’arrivée de Nour, avant d’être rattraper par l’adversité. Il finira en prison où il vivra l’enfermement comme une échappatoire à une vie sans horizons et sans amour.

Devenant adulte, Nour devra remonter le fil de cette saga lourde de non-dits qui ressurgissent quand, à son tour, il tentera de se défaire de la chape familiale et de briser le cycle de l’échec qui semblent poursuivre, telle une malédiction, la lignée des hommes de sa famille, les uns après les autres.   

Cette saga atypique se déroule en bonds et rebonds hasardeux où les personnages s’entremêlent souvent, avant que les filiations ne se clarifient au fil du récit qui gagne progressivement en fluidité.

Hajar Bali a écrit en 2009 « Rêve et vol d’oiseau », un recueil de pièces de théâtre dont certaines ont été adaptées en Algérie et à l’étranger. En 2014, elle publie un recueil de nouvelles intitulé « Trop tard ».

R.C

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