Coronavirus : avec plus de 360 morts, le bilan en Chine dépasse celui de l’épidémie de SRAS

A travers le pays, près de 17 300 personnes ont été contaminées. La diplomatie chinoise a fait savoir lundi qu’elle avait besoin d’urgence de fournitures médicales.

C’est un nouveau cap symbolique dans l’épidémie de pneumonie aiguë qui touche principalement la Chine depuis décembre. Le nombre de décès confirmés dus au coronavirus 2019-nCoV est passé à 361 morts, soit davantage que pour l’épidémie de SRAS, en 2002-2003 (349 en Chine continentale). A travers le pays, près de 17 300 personnes ont été contaminées. L’épidémie a pris à présent les proportions d’une « urgence sanitaire à portée internationale » avec des cas signalés dans plus de vingt pays.

Plus 17 200 personnes infectées sur le territoire chinois

Dix jours après la mise sous cloche de Wuhan, la métropole à l’épicentre du virus, la Commission nationale de la santé a fait état, lundi 3 février, de 361 morts, dont 57 décès supplémentaires lors de la seule journée de dimanche. Le nombre d’infections confirmées en Chine a grimpé à plus de 17 200, dépassant largement celui du SRAS.

Pékin a pris des mesures sans précédent pour limiter les déplacements des personnes. Depuis le 23 janvier, quelque 56 millions d’habitants sont confinés dans la province du Hubei et sa capitale, Wuhan, où le virus a déjà contaminé 661 personnes. Dimanche, le confinement a été étendu à Wenzhou (800 km à l’est de Wuhan), où seule une personne par foyer est autorisée à sortir une fois tous les deux jours pour faire les courses.

Si les traditionnelles vacances du Nouvel An lunaire se sont achevées théoriquement dimanche, le pays continuait lundi à fonctionner au ralenti, beaucoup d’entreprises ayant prolongé d’office les congés d’une semaine ou permis à leurs employés de travailler à la maison. Ainsi, à Shanghaï, la capitale économique, un immeuble de bureaux interdisait aux salariés d’accéder à leur lieu de travail, citant un arrêté municipal repoussant la reprise de l’activité au 10 février.

A Pékin, où la quasi-totalité des habitants se couvrent le visage d’un masque de protection, les quartiers d’affaires étaient déserts, avec une circulation automobile très inférieure à celle d’un week-end calme. Des contrôles de la température corporelle ont lieu systématiquement aux entrées d’immeubles de bureaux ou des lieux publics comme les parcs.

La Chine appelle à l’aide internationale

La diplomatie chinoise a fait savoir lundi qu’elle avait besoin d’urgence de fournitures, telles que masques, lunettes et combinaisons de protection, pour faire face à l’épidémie. Plusieurs pays, dont la France, le Royaume-Uni, le Japon et la Corée du Sud, ont déjà envoyé des équipements à la Chine, a déclaré à la presse une porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Hua Chunying.

Il est très inhabituel que la Chine reconnaisse son incapacité à faire face à une crise intérieure. Le seul appel lancé par Pékin à l’aide internationale remonte à 2008, lorsqu’un séisme dévastateur avait fait plus de 80 000 morts et disparus.

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Outre le Hubei, plusieurs provinces et villes de Chine ont rendu obligatoire le port du masque. Cela comprend la province du Guangdong, la plus peuplée de Chine, ainsi que celles du Sichuan, du Jiangxi, du Liaoning et la ville de Nankin. Ce sont donc plus 300 millions de personnes qui doivent sortir le visage couvert d’un masque.

A Wuhan, où le système hospitalier est débordé, un hôpital construit dans le délai record de dix jours, d’une capacité d’un millier de lits, devait accueillir lundi les premiers malades. Un autre hôpital encore plus grand (1 600 lits) est en construction dans la ville.

A Hongkong, des employés d’hôpitaux en grève

Des centaines d’employés des hôpitaux publics de Hongkong ont observé un arrêt de travail lundi pour réclamer la fermeture de la frontière avec la Chine continentale afin de réduire le risque de propagation du virus. Quinze cas de contamination par cette épidémie de pneumonie étaient confirmés lundi sur le territoire, dont beaucoup provenant de Chine.

Ce mouvement, suivi par du personnel médical non indispensable, survient alors que le gouvernement hongkongais, fidèle à Pékin, s’est refusé à fermer complètement sa frontière avec la Chine continentale. Les autorités estiment qu’une telle mesure serait discriminatoire, préjudiciable pour l’économie et contraire aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.

Les Bourses du pays dévissent

Confinement, liaisons ferroviaires suspendues, fermeture de la plupart des entreprises et usines jusqu’au 9 février : les mesures adoptées pour endiguer l’épidémie continuent de paralyser des pans entiers de l’économie et menacent les chaînes de production à l’échelle de la planète.

Après dix jours d’interruption, les Bourses chinoises ont dévissé lundi d’environ 8 %, leur plus fort plongeon depuis cinq ans, paniquées par l’impact économique de l’épidémie : l’indice composite shanghaïen a clôturé sur une chute de 7,72 % à 2 746,61 points, tandis que la Bourse de Shenzhen, deuxième place de Chine continentale, finissait en repli de 8,41 %, à 1 609,00 points.

Les autorités avaient tenté de rassurer les investisseurs : la banque centrale avait ainsi annoncé son intention d’injecter lundi 1 200 milliards de yuans (156 milliards d’euros) de liquidités dans le système financier pour contrer l’impact de l’épidémie.

Des restrictions internationales face à la pandémie

Les Etats-Unis, où trois nouveaux cas de contamination viennent d’être confirmés, ont décrété l’état d’urgence sanitaire sur leur territoire et l’entrée est désormais interdite aux ressortissants étrangers s’étant récemment rendus en Chine.

Des restrictions similaires ont été prises, notamment par l’Australie, Singapour ou Israël. Les pays du G7 vont se concerter pour apporter une réponse « uniforme » face à la pandémie, a annoncé dimanche le ministre de la santé allemand.

La Russie, elle, a décidé de couper ses liaisons ferroviaires avec la Chine, de restreindre ses vols, de restaurer un régime des visas pour les touristes chinois et de suspendre leur délivrance pour les travailleurs venus de Chine. Elle a également annoncé lundi qu’elle procéderait à l’expulsion des étrangers contaminés par le nouveau coronavirus.

La Chine accuse Washington de « semer la panique » : « Le gouvernement américain a été le premier à évacuer le personnel de son consulat à Wuhan, à suggérer le retrait partiel de son personnel d’ambassade et à imposer une interdiction d’entrée sur le territoire aux voyageurs chinois », a souligné Hua Chunying, une porte-parole du ministère des affaires étrangères. « Il n’a de cesse de créer et semer la panique, ce qui constitue un très mauvais exemple », a-t-elle déclaré à la presse lors d’une conversation sur le réseau social chinois WeChat.

Les unes après les autres, les compagnies aériennes ont cessé de desservir le pays. Lundi, ce sont les croisiéristes qui ont annoncé interdire la présence à leur bord de passagers ou de membres d’équipage ayant voyagé en Chine au cours des quatorze derniers jours, selon un communiqué de l’Association internationale des navires de croisière sise à Hambourg.

avec AFP

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